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Elizabeth 1 

« The fruit of love »   par l’ensemble Intesa Musicale
Concert de musique anglaise
Samedi 8 février, au temple d’Arles à 20h30

12 euros, tarifs réduits : 8 euros, gratuit jusquà 16 ans

 Renseignements : 07 82 14 87 94

Les musiciens
Ricardo Ceitil, contre-ténor
Jennifer Vera Martinez, cornets
Emmanuel Mey, cornets,
Pierre Bats, dulciane
Caroline Huynh Van Xuan, orgue

Cet ensemble que nous avions entendu, l’année dernière, dans un programme de musique italienne du début du 17e siècle, nous propose, cette fois, une sélection d’œuvres des XVI et XVIIè siècles de compositeurs anglais. Les pièces instrumentales alternent avec des pièces vocales mais aussi… avec des pièces instrumentales et vocales !

Programme

Matthew Locke (1621-1677), Nicola Mateis (1670-1698), Richard Farrant (1530-1580/81), Thomas Morley (1530-1580/81) / Anthony Holborne (1545-1602), William Byrd (c. 1540-1623), Nicholas Lanier (1588-1666),Henry Purcell (1659-1695) et d’autres encore !

Entretien avec Emmanuel Mey : Le cornet à bouquin

Sinka ivory
Cornet en ivoire

 

MeyEmmanuel, l’ensemble Intesa Musicale revient à Arles pour un programme de musique anglaise, après être déjà venu, l’année dernière, avec un programme de musique italienne. Vous êtes deux cornettistes, dans l’ensemble, c’est peut-être l’occasion de faire le point sur cet instrument finalement encore assez peu connu qu’est le cornet à bouquin…

Oui,cet instrument est tombé dans l’oubli après avoir régné en Europe pendant plus de deux siècles au point que Marin Mersenne, dans son Harmonie universelle (1636-1638), a pu dire de lui : « le cornet est semblable à l’éclat d’un rayon de soleil, qui paroist dans l’ombre ou dans les ténèbres (…) »

Tu peux nous décrire un peu l’instrument ?

Le cornet à bouquin est un instrument en bois de la famille des cuivres (rires…). L’étymologie, pour bouquin, vient de l’italien bocca (bouche) qui désigne l’embouchure de l’instrument. Le cornet vient d’une évolution de la simple corne d’appel : en perçant plusieurs trous dans cette corne, on obtient un instrument capable de jouer des mélodies simples.
L’instrument est surtout employé du XV au XVIIIème siècles et connaît un important déclin vers 1640, déclin parfois attribué aux épidémies qui frappèrent les villes italiennes.

Il y a plusieurs cornets, non ?

En effet, le  cornet est en fait une famille d’instruments qui comprend le cornet à bouquin, droit ou courbe, tourné à gauche ou droite, de différentes tessitures le cornet muet (embouchure taillée dans le bois)

Par sa tessiture et ses possibilités expressives, le cornet était considéré comme l’instrument qui se rapprochait le plus de la voix humaine. Son timbre est très varié, passant d’un registre aigü clair et « cuivré » rappelant la trompette, à des graves bourdonnants et moelleux.

L’instrument s’est répandu dans toute l’Europe : France, Italie, Angleterre, Allemagne, Autriche…Il y avait différentes sortes de perces : les cornets allemands, par exemple, avaient une perce plus grosse que les cornets italiens, pour des raisons de diapason.

Le cornet est un cuivre en bois, dis-tu… de quel bois s’agit-il ?Pintura-custom

Les bois utilisés pour le cornet à bouquin étaient le Noyer et l’If comme le souligne Trichet (1) qui spécifie, dans son traité, de nombreuses d’essences de bois utilisées pour la fabrication du cornet.
Le bois de Noyer avait une connotation néfaste car, si tu te reposes à l’ombre d’un noyer, tu ressens des nausées et des maux de tête. Il paraît que l’arbre produit des toxines… Cet aussi ce qui expliquerait le fait que les autres plantes ne poussent pas sous les noyers. Quant à l’If, on utilisait ses baies pour empoisonner les points de flèches ou même, plus directement, les gens.
D’autres bois ont été utilisés, l’épine par exemple qui peut être, bien sûr, rapprochée de la couronne d’épines du Christ.
Tous ces bois avaient évidement cette connotation néfaste, c’est pourquoi le cornet à bouquin est utilisé souvent pour l’évocation des enfers.

Les cornettistes seraient donc des démons…

Non, pas entièrement, car le cornet muet était, lui, construit avec un bois « positif », fructueux, comme le pommier, le poirier et aussi le buis qui avait un caractère symbolique d’éternité.
Il se trouve que, par hasard, en dehors de leur aspect symbolique, il s’agit de bois qui conviennent particulièrement bien pour la fabrication de l’instrument !

Y-a-t-il un moment d’apogée du cornet ?

Oui, l’âge d’or du cornet peut être situé pendant la première moitié du XVIIème siècle à Venise, entre 1580 et1640, période où il acquit un rôle soliste prépondérant. Monteverdi en fit un large usage dans l’Orfeo, et dans le « Possente spirito » notamment où s’installe un dialogue virtuose entre le demi-dieu et le cornettiste. De même, les sonates vénitiennes de Dario Castello ou Biagio Marini font souvent appel à des parties virtuoses de cornet, qui se livre parfois à des duels avec le violon. Il en va de même des motets à double choeurs de Gabrieli. D’ailleurs, la postérité a retenu les noms de Giovanni Bassano et Girolamo dalla Casa, responsables de l’orchestre de la Basilique Saint-Marc à Venise et cornettistes émérites, aux diminutions improvisées époustouflantes.

En Angleterre, dès 1662, Charles II utilisa ses 24 violons pour accompagner les services à la Chapelle Royale. John Evelyn,chroniqueur de l’époque, en fut indigné :

«Au lieu des instruments à vent à l’ancienne, graves, solennels, qui accompagnaient l’orgue, on introduisit un concert de 24 violons lors de chaque pause, imitant ainsi la manière légère et extravagante des Français qui convient mieux aux tavernes ou au théâtre qu’à l’église…»

Son utilisation se poursuit plus longtemps dans les pays germaniques. Bach l’emploie assez fréquemment pour doubler les pupitres de soprano (quoique l’appellation de cornetto donne parfois lieu à ambigüité sur l’instrument désigné), et en fait parfois un instrument obligé (BWV 118).

Le cornet disparaît définitivement dans les années 1750, l’un des derniers exemples importants de son utilisation est l’Orfeo et Euridice de Glück pour la scène infernale.

Honte pour notre pays, le cornet ne semble guère avoir fait fortune en France, ou il décline vers 1630 sans vraiment avoir fleuri.

Enfin on a aussi retrouvé une «sinfonia à 5» de Johan Daniel Berlin (1714-1787), compositeur norvégien, qui n’est autre qu’un concerto pour cornet, composée en vers 1765.

(1) Pierre Trichet, « Du cornet à bouquin et du serpent », Traité des instruments de musique (vers 1640), éd.

François Lesure, Genève, Minkoff, 1978.

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