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Aux Sources du baroque
Amour et spiritualité chez Monteverdi et Schütz

Ensemble Les Agréments
Temple d’Arles, lundi 22 mai à 18h
Entrée libre

L’ensemble Les Agréments

Anne Bouchot, Catherine Sauvage, sopranos I
Martine Arich, Marie Paviot, Isabelle Simonet, sopranos II
Suzanne Assenat, Annette Sander, Emmanuel Peigné, altos
Paul Ruedisueli, David Magdinier, Régis Mounier, ténors
Luc Dardonville, Joël Thibault, basses

Entretien avec Emmanuel Peigné

Peut-être pouvons-nous commencer cet entretien, Emmanuel, par la présentation de votre ensemble…

Volontiers… Les Agréments, chœur de chambre, est constitué de 13 chanteurs : 7 femmes et 6 hommes. Nous avons commencé à travailler ensemble, à Nîmes, fin 2014. Nous avons alors fait le choix de chanter sans chef, ce qui est rare dans le cas d’un chœur, même si c’est la règle dans la musique de chambre instrumentale. Ce choix se révèle très stimulant : dans ces conditions, il renouvelle la pratique, faite d’écoute mutuelle, d’élaboration collective et de confiance réciproque.

Nous avions eu la joie de vous entendre ici même à Arles en février 2017 dans un programme Lassus. Et puis également à l’automne dernier dans le cadre du Festival Arles en Baroque, dans des œuvres de Schütz et Bach, avec l’orchestre Propitia Sydera. Que nous réserve ce prochain concert ?

«Aux sources du Baroque» en est le titre, «amour et spiritualité chez Monteverdi et Schütz» le sous-titre. En effet, avec Claudio Monteverdi (1567-1643), nous sommes en présence d’un pionnier, celui qui a fait passer la musique de la période Renaissance à la période Baroque, celui qui a, si ce n’est inventé, du moins lancé avec succès la forme de l’opéra (Orfeo), celui qui a renouvelé le « vieux » madrigal… Dans l’Italie du Nord où il a vécu et composé et plus largement en Europe, il y a un avant et un après Monteverdi. Heinrich Schütz (1585-1672) qui a été son élève à Venise, rapporte toutes ses novations dans son Allemagne natale : il compose des madrigaux (en italien!), beaucoup de musique religieuse et même le premier opéra allemand. Il est aujourd’hui considéré comme le père du Baroque allemand. Avec Monteverdi et Schütz, nous sommes bien aux sources d’un style, le Baroque, qui pendant encore un siècle aura un développement considérable, partout en Europe.

Sans nécessairement tout dévoiler de votre programme, pouvez-vous déjà nous en dire deux mots ?

C’est un programme très varié, où l’on passe de la musique religieuse la plus recueillie à des œuvres dont l’écriture rappelle celle de l’opéra ! Le sous-titre «Amour et spiritualité» évoque les deux facettes que nous avons choisies : la musique profane, notamment des madrigaux, et la musique sacrée, motets et psaumes. Ce qui caractérise le style baroque de ces deux compositeurs est la primauté du texte que la musique s’attache à mettre en valeur. Par exemple, si le texte est sombre, la musique est dans une tessiture grave et les rythmes lents ; si le texte est « printanier », la tessiture est légère et les rythmes plus sautillants. C’est ce que l’on appelle des madrigalismes : les partitions de Monteverdi comme de Schütz en sont pleines !

Comment abordez vous la question de l’interprétation sans chef ?

Chanter sans un chef qui dirige au milieu et même sans qu’il y ait nommément un chef qui le moment venu se fondrait dans le groupe (ce qui est notre cas), est une envie que j’ai eue après plusieurs expériences comme choriste et comme instrumentiste. Une intuition que ce qui se fait en musique de chambre, dans un quatuor à cordes par exemple, à savoir répéter et donner des concerts sans chef d’orchestre, était possible pour un chœur, qui certes mobilise davantage de personnes, mais chante bien souvent seulement 4 ou 5 parties différentes. Quelques uns d’entre nous avaient eu l’occasion de tester cela : chanter sans chef change complètement l’écoute et l’implication individuelle, pour un résultat parfois meilleur ! Nous étions très enthousiastes.

Finalement, par chance, nous nous sommes lancés en 2014. L’idée de notre fonctionnement général est de profiter au mieux des talents de chacun, et de ne pas brider l’expression et la sensibilité. Des avis s’expriment, des choix sont faits et ensemble, nous construisons notre programme et notre interprétation. Chacun y a sa part. C’est sans doute plus lent qu’avec un chef mais beaucoup plus enrichissant pour chacun.

Il me semble aussi que de ne pas voir de chef est plus agréable et plus naturel pour le public mais là c’est à vous de juger…