Concert

Roland de Lassus
Prince des musiciens

lassus

Choeur de chambre Les Agréments
Temple d’Arles
Dimanche 26 février 2017 à 18 heures
Entré libre et libre participation aux frais

L’Association Sarabande a grand plaisir à annoncer le concert arlésien de ses amis du choeur de chambre Les Agréments, dont le premier programme est consacré à Roland de Lassus…

agrements

Le choeur Les AgrémentsEntretien avec Emmanuel PeignéLe programme

Les Agréments

Anne BOUCHOT, Catherine SAUVAGE, sopranos I
Martine ARICH, Marie PAVIOT, Isabelle SIMONET, sopranos II
Suzanne ASSENAT, Marie-Pierre BERTON, Emmanuel PEIGNÉ, altos
Renaud LATTIER, David MAGDINIER, Régis MOUNIER, ténors
Luc DARDONVILLE, Joël THIBAULT, basses

Anne BOUCHOT : flûte à bec
Emmanuel PEIGNÉ : guitare

Entretien avec Emmanuel Peigné

emmanuelPeut-être pouvons-nous commencer cet entretien, Emmanuel, par la présentation de votre ensemble…
Volontiers… Les Agréments, chœur de chambre, est constitué de 13 chanteurs : 7 femmes et 6 hommes. Nous avons commencé à travailler ensemble, à Nîmes, fin 2014. Nous avons alors fait le choix de chanter sans chef, ce qui est rare dans le cas d’un chœur, même si c’est la règle dans la musique de chambre instrumentale. Ce choix se révèle très stimulant : il renouvelle la pratique faite, dans ces conditions, d’écoute mutuelle, d’élaboration collective et de confiance réciproque.
Plusieurs des membres de l’ensemble étant également instrumentistes (et pour certains de statut professionnel), les programmes de musique vocale proposés accueillent volontiers l’intervention de musique instrumentale, comme c’est le cas dans ce programme.

Pour ce premier programme, justement, vous avez choisi de donner des œuvres Roland de Lassus, peux-tu nous expliquer ce choix ?
Roland de Lassus est un compositeur très important et très influent de la deuxième moitié du XVIe siècle. Connu dans toute l’Europe, à l’égal de Palestrina ou de Victoria, il a travaillé en Flandres, à Naples, à Rome, à Anvers, puis voyagé en France et en Angleterre ; il s’installe enfin à Münich, à la cour de Bavière. Extrêmement prolifique, il a composé dans tous les genres : des chansons profanes en italien, en français et en allemand, et, bien sûr de la musique liturgique, en latin. Cette œuvre abondante est un peu comme un coffre à trésors à notre disposition. Il nous a donné envie d’y faire un choix qui reflète la diversité de ce génie européen, qui mit à profit aussi bien les vers de Pétrarque que ceux de Ronsard, Du Bellay ou Marot, qui forma les grands musiciens vénitiens que sont Andrea et Giovanni Gabrieli, qui fréquenta le roi de France, l’empereur d’Allemagne et le Pape…

Alors, qu’avez vous sorti de ce coffre ?
Un programme en deux parties : une messe-parodie en latin et grec basée sur la version à 5 voix de la chanson bien connue, « Mon cœur se recommande à vous ».

Dans la 2e partie, nous faisons entendre des chansons en français, en allemand et en italien : certaines sont graves et d’autre légères, voire licencieuses…

Qu’entends-tu exactement par messe-parodie ?
Aux XVe puis au XVIe siècles, il était d’usage que des messes polyphoniques développent des airs profanes. Même des chansons monodiques pouvaient être reprises et traitées alors en contrepoint. Ce procédé était très en vogue à l’époque de Lassus. Dans le cas de cette messe, ce n’est pas simplement une mélodie qui sert de fil rouge, tel un cantus firmus, mais une chanson dont l’ensemble de l’harmonie à 5 voix est reprise ça et là, comme des citations ou des extraits « copiés/collés » à peine retravaillés.

Vous avez joint des parties instrumentales à la messe, qu’est-ce qui vous a motivés dans ce choix ?
Nous avons souhaité évoquer le déroulement authentique de la messe en tant que composition musicale, dont les différentes parties s’insèrent dans une liturgie plus vaste, faite de gestes, de rites et de paroles du célébrant et des fidèles. Dans ce contexte, le Credo par exemple, ne suit pas immédiatement le Gloria; nous proposons donc une introduction musicale à chaque partie (sauf avant le Gloria qui, dans la liturgie, suit directement le Kyrie). Il s’agit par là également de reposer l’oreille de ce qu’elle vient d’entendre et de la préparer à la suite. Les pièces que nous avons choisies sont toutes tirées du répertoire espagnol pour la vihuela du XVIe siècle.

À Mantoue, puis à Milan, Lassus se forma au madrigal dont il importa des procédés jusque dans sa musique liturgique. Retrouve-t-on cette manière de composer dans les pièces de votre programme ?
Oui absolument ! Dans le madrigal, la musique suit le texte au plus près, illustrant un mot ou un vers par des procédés descriptifs et narratifs : surprises, sauts, silences, contrastes, harmonies inattendues, chromatismes… un régal pour les chanteurs et une responsabilité aussi pour chacun ! Dans notre programme, des exemples manifestes de ce procédé d’écriture se trouvent dans le début de La nuit froide et sombre ou dans les cloches de Tutto lo dì. Mais en réalité, il y en a un peu partout…

Comment abordez-vous la question de l’interprétation sans chef ?
Chanter sans un chef qui dirige au milieu et même sans qu’il y ait nommément un chef qui le moment venu se fondrait dans le groupe (ce qui est notre cas), est une envie que j’ai eue après plusieurs expériences comme choriste et comme instrumentiste. Une intuition que ce qui se fait en musique de chambre, dans un quatuor à cordes par exemple, à savoir répéter et donner des concerts sans chef d’orchestre, était possible pour un chœur, qui certes mobilise davantage de personnes, mais chante bien souvent seulement 4 ou 5 parties différentes. Quelques uns d’entre nous avaient eu l’occasion de tester cela : chanter sans chef change complètement l’écoute et l’implication individuelle, pour un résultat parfois meilleur ! Nous étions très enthousiastes.

Finalement, par chance, nous nous sommes lancés en 2014 et ce programme Lassus est notre première « saison ». L’idée de notre fonctionnement général est de profiter au mieux des talents de chacun, et de ne pas brider l’expression et la sensibilité. Des avis s’expriment, des choix sont faits et ensemble, nous construisons notre programme et notre interprétation. Chacun y a sa part. C’est sans doute plus lent qu’avec un chef mais beaucoup plus enrichissant pour chacun.

Il me semble aussi que de ne pas voir de chef est plus agréable et plus naturel pour le public, mais là c’est à vous de juger…


 Programme

bonjour1ère partie : Messe
Chanson “Mon cœur se recommande à vous”
Messe “Mon cœur se recommande à vous”
Introduction I – Kyrie – Gloria
Introduction II – Credo
Introduction III – Sanctus
Introduction IV – Agnus Dei

2ème partie : Chansons
Soyons joyeux sur la plaisant’ verdure
Bonjour, mon cœur • Variations • Vive mon dieu
Madonna mia, pietà
En un chasteau ma dame par grand cure
Un jeune moine est sorti du couvent
Toutes les nuitz
La nuict froide et sombre
Tutto lo dì (à 4 voix) • Tutto lo dì (à 8 voix en double chœur)
Suzanne ung jour (à 2 voix et guitare) • Suzanne ung jour (à 5 voix) • Susannen fromm (à 5 voix)
Im Mayen