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5es Journées de claviers anciens et de musique d’ensemble

Récital Jean Philippe Rameau

  clavecin
© J.B. Baconnet

Callioppe Chaillan

Temple d’Arles, le  samedi 27 octobre 2012 à 20h30

12 et 8 euros,  gratuit pour les moins de 16 ans. Réservations : 06 16 49 13 57 ou

philippe.souchu@aliceadsl.fr

  La clavecinisteLe programme – Entretien avec Calliope Chaillan – L’autre concert des Journées de claviers

Fidèles à notre tradition, nous invitons, lors de ces Journées, un(e) claveciniste à qui nous donnons carte blanche pour son récital…

Un récital de clavecin, nous dit-on souvent, vous êtes fous !… Un peu, mais quand on aime cet instrument, son répertoire et ceux qui le jouent, pourquoi ne pas le faire entendre dans les oeuvres qui lui sont dédiées et qui ont donné aux 17e et 18e siècle tant d’éclat ?

Calliope nous propose, cette année, un choix dans les « Nouvelles suites de pièces de clavecin de clavecin » (1728) de Jean-Philippe Rameau dont son compatriote et contemporain, Piron, nous dit que « Toute son âme et son esprit étaient dans son clavecin ; quand il l’avait fermé, il n’y avait plus personne au logis « .

Gardons à l’esprit que Rameau, s’il est l’auteur de pièces pour le clavecin qui se coulent, en le renouvelant, dans le genre affirmé par Couperin, est également l’un des plus grand musicien de son temps, à la fois théoricien cartésien et poète sensible, qui place la musique au dessus de tout :

« … la musique satisfaisant à la fois le sentiment, les organes et la réflexion, c’est seulement dans la musique, uniquement dans le charme des proportions musicales, que l’on a aperçu la réalité des rapports les plus parfaits que l’esprit a la faculté de concevoir »  L’origine de la science, J-Ph. Rameau, 1762

Un grand merci à Jean Bascou, facteur de clavecins à Simiane-la-Rotonde qui nous prête l’instrument du concert !

 

Rameau

Gravure de Masquelier,  1779

 

 

Calliope Chaillan

  calliopeNée en 1987, Calliopé Chaillan débute le clavecin à l’âge de sept ans aux côtés de Brigitte Tramier. Elle intègre cinq ans plus tard le conservatoire d’Aix-en-Provence où elle obtient un diplôme de musique de chambre dans la classe de Natalia Cherachova avant d’aller étudier au conservatoire du VIIème à Paris avec Elisabeth Joyé où elle obtient en 2006 son DEM mention très bien avec les félicitations.La même année elle intègre le CNSMD de Lyon dans la classe de Françoise Lengellé et Dirk Börner et travaille également avec d’autres professeurs tels que Marianne Müller, Odile Edouart, Pierre Hamon… Elle effectue en 2010 un Erasmus au conservatoire d’Amsterdam dans la classe de Menno Van Delft. Elle obtient son Master du CNSMD de Lyon dans la classe de Jean-Marc Aymes et Dirk Börner en 2012.A travers sa participation à de nombreux stages (Lisieux, Barbaste..) elle a l’occasion de travailler avec Pierre Hantaï, Amandine Beyer,  Lucas Guglielmi…

Elle se produit régulièrement en concert, en France et  à l’étranger (Suisse, Allemagne, Pays-Bas), en soliste (festival « Mars en Baroque »,  « l’abeille beugle »..) et en musique de chambre (« la Compagnie du Globe », l’« Ensemble Ephémère »..). Elle s’intéresse beaucoup à la musique contemporaine et au mélange des genres musicaux , ce qui l’amène à travailler avec  l’ « Ensemble Itinérance » et l’orchestre « le Grand Sbam ».

 


Entretien avec Calliope Chaillan


Quelle affinité une jeune artiste du 21e siècle peut-elle avoir avec Jean-Philippe Rameau, un musicien né au 17e siècle ?

Calliopé Chaillan
L’admiration d’abord, par l’envergure de l’homme : Rameau est un des artistes emblématiques de l’époque des Lumières, mais aussi un  intellectuel éminent. Il évolue dans cette période charnière qu’est le début du 18e siècle et va activement participer à l’élaboration d’une musique novatrice, libérée des codes et des lourdes conventions du règne de Louis XIV. C’est en tant que théoricien qu’il est d’abord connu du public, mais Rameau deviendra vers le milieu du siècle le plus grand représentant de l’opéra français.
L’époque est passionnée… La publication en 1722 de son premier traité d’harmonie soulève immédiatement  des controverses. Elle engagera Rameau dans des polémiques sans fin. C’est que ses théories balayent l’ordre divin de la musique : l’harmonie devient une science exacte : « La musique est une science qui doit avoir des règles certaines ; ces règles doivent être tirées d’un principe évident ; et ce principe ne peut guère nous être connu sans le secours des Mathématiques. » (Extrait de la Préface du Traité de l’Harmonie, J-P Rameau, 1722).

Et que nous dit la claveciniste ?

Calliopé Chaillan
Quand on écoute les Nouvelles Suites de Pièces pour Clavecin on est étonné du contraste entre ce raisonnement mathématique et la décoiffante diversité de caractère de pièce comme La Poule ou l’Egyptienne. Ce recueil publié en 1728 est à la fois l’aboutissement de l’œuvre pour clavecin et l’annonce des opéras à venir. Il faudra pourtant attendre dix ans avant que Rameau présente au public Hyppolite et Aricie.
Il y a continuité entre les pièces pour clavecin et l’œuvre lyrique… Quelques-unes des pièces des Nouvelles Suites ont été transcrites plus tard pour ses opéras, notamment Les Sauvages pour Les Indes Galantes et la Sarabande pour Zoroastre. On pense que d’autres pièces de ce recueil sont elles-mêmes des transcriptions d’œuvres que Rameau avait composées pour des opéras comiques aux théâtres de la Foire et des Italiens dans les années 1723-1726. Il ne nous reste malheureusement aucune trace de ces compositions mais il est assez aisé à l’écoute des pièces d’en imaginer la version orchestrale.
Par la suite les opéras de Rameau vont rencontrer un succès immédiat, le compositeur deviendra alors un des protégés du célèbre mécène La Pouplinière. Il obtiendra ensuite le titre de compositeur de la musique de chambre du Roi.
A la fois Ancien et Moderne, homme de cour, théoricien et célèbre compositeur d’opéra, Rameau a marqué son siècle par ses théories innovantes et ses compositions audacieuses. L’homme que Diderot appelle « artiste-philosophe » nous a laissé une des plus belles pages de la musique pour clavecin… Comment une claveciniste ne les jouerait-elle pas ?

Comment as-tu fais ton choix pour ton programme dans cette œuvre si importante pour le clavecin ?

Un monde sépare, me semble-t-il, le Premier Livre pour clavecin publié en 1706 par le Rameau organiste de province et les Nouvelles Suites de Pièces de Clavecin publiées en 1728 (plus de 20 ans plus tard) par celui qui est devenu le célèbre auteur de deux traités d’harmonie audacieux. Rameau publie également un deuxième recueil pour clavecin en 1722 qui se rapproche beaucoup stylistiquement du troisième.
La structure même de ces deux recueils montre à quel point le style du compositeur a évolué : le premier livre s’attache strictement à la suite de danses, forme typique de la musique de la fin du XVIIème siècle, avec un prélude non-mesuré au début de la suite, à l’image de D’Anglebert ou Louis Couperin. Le troisième livre commence, lui aussi, par les trois danses typiques de la suite française (Allemande, Courante, Sarabande) mais les pièces qui suivent ne s’attachent à aucune danse particulière : elles portent toutes un nom et semblent une succession de portraits et de tableaux. Rameau s’affranchit du modèle de la suite, comme François Couperin, au fil de ses quatre livres pour clavecin, l’avait déjà fait, instaurant son propre modèle en regroupant ses pièces dans des Ordres.

Alors, tu choisis l’affranchissement ?

Calliopé Chaillan
Peut-être… De plus, Rameau apporte avec ces Nouvelles Suites une dimension virtuose à la musique française de clavecin (Gavotte variée, Les Trois Mains …) et une audace harmonique qui illustre bien son goût pour l’innovation. On peut ainsi lire dans la préface de ce recueil : « L’effet qu’on éprouve dans la douzième mesure de la reprise de l’Enharmonique ne sera peut-être pas d’abord du goût de tout le monde ; on s’y accoutume cependant pour peu qu’on s’y prete, et l’on en sent même toute la beauté, quand on a surmonté la première repugnance que le défaut d’habitude peut occasionner en ce cas. »

Le défaut d’habitude : belle façon de dire la nouveauté sans l’avouer, non ?

Oui, Rameau invente… Lui, que ses contemporains décrivent comme taciturne et secret, nous apparaît ici espiègle et passionné. Il semble sans cesse vouloir étonner son public et bousculer les habitudes. Que dit le dernier paragraphe de la préface citée plus haut ? Cela : « J’ai inséré deux Octaves de suite dans quelques-unes de ces dernières piéces, exprès pour desabuser ceux qu’on a pû prévenir contre l’effet de ces deux Octaves : et je suis persuadé que si l’on n’y consultoit que l’Oreille, on trouveroit mauvais qu’elles n’y fussent pas. »

Sarabande
Y-a-t-il des questions particulières concernant le clavecin lui-même dans cette « Nouvelle Suite de Pièces de Clavecin » ?

Calliopé Chaillan
La structure de ce recueil est étrange : elle comporte deux suites, une première en la mineur et une deuxième en sol mineur, tonalités qui ne sont pas du tout voisines. De plus, si la première  suite commence de façon relativement traditionnelle (Allemande-Courante-Sarabande), la deuxième ne comporte que des pièces de caractère.

Ce découpage en deux suites est assez problématique pour nous autres musiciens du XXIème siècle, car il semblerait qu’à l’époque on n’avait pas coutume d’enchaîner ces deux suites. En effet le tempérament de Rameau (c’est-à-dire la façon d’accorder le clavecin) est très inégal et ne permet de jouer que dans certaines tonalités, ce qui nécessite de modifier l’accord entre les tonalités en dièse comme la mineur et les tonalités en bémol comme sol mineur. Il nous faut donc choisir : utiliser le tempérament de Rameau et ne jouer qu’une partie du recueil ou utiliser un tempérament plus clément et jouer les deux suites… En ce qui me concerne je ne peux résister à la tentation d’offrir l’écoute du recueil dans son intégralité !

Le programme du concert

Extraits des « Nouvelles suites de Pièces de clavecin »
Jean-Philippe Rameau  1728

Suite en la mineur

Allemande
Courante
Sarabande
Les Trois Mains
Gavotte et doubles de la Gavotte

Suite en sol mineur

L ‘Indifférente
La Poule
Les Triolets
Les Sauvages
L’Enharmonique
L’Egyptienne