À DEUX VIOLES ESGALES

 Concerts du Sieur de Sainte Colombe

VICTOR ARAGÓN ¦ PAU MARCOS VICENS

Violes de gambe

viole  Samedi 5 mai, 20h30 Temple d’Arles (bld des Lices)

… Séance de rattrapage à 18h, le 6 mai à la salle Pétrarque de Montpellier…

Tarifs : 12 et 8 euros, gratuit pour les moins de 12 ans

Réservations : 06 16 49 13 57

Entretien avec Victor Aragon –  Les Musiciens Le Programme

Ecouter Pau et Victor

Voir aussi notre page sur Sainte Colombe et la viole

 

Victor et Pao

Pau Marcos Vicens
“L’amitié avec Victor commence pendant mes années d’études à Lyon où l’on a réalisé les premières collaborations. Depuis il mérite ma plus profonde admiration par son honnêteté artistique et humaine. Son jeu est le résultat d’une recherche vitale: il réunit la poésie avec la sagesse d’un artisan.

Victor Aragon
Les concerts de Sainte-Colombe sont rares par l’univers sonore qu’ils proposent, mais aussi par le rapport entre les interprètes: comme une vraie conversation, sans une voix principale, les violes dialoguent d’égal à égal.”

 

« Parcourir ce chemin à deux violes n’aurait pas été possible sans la générosité, la noblesse, et la grande sensibilité de Pau. Interpréter les concerts de Sainte-Colombe, c’est la belle occasion de dialoguer avec un grand ami ».

« Rien n’équivaut dans le monde à deux Basses de Viole en parallèle »
Hubert le Blanc, Défense de la Basse de Viole,1740

 


Entretien avec Victor Aragon et Pau Marcos Vicens

Vous aller donner à Arles des  concerts à deux violes égales de Sainte Colombe. Qu’est-ce qui motive votre choix de ce répertoire ?

Victor Aragon
J’ai lu dans un livre, « Le Siècle littéraire de Louis XV » écrit par un certain Monsieur d’Aquin de Château-Lyon, ceci :

Un fils naturel de Sainte Colombe a conté que son père, ayant joüé une Sarabande de sa façon à un homme qui étoit venu pour l’entendre, cet homme en fut tellement bouleversé qu’il tomba en faiblesse.”
  


Si cette anecdote est vraie ou fausse, je ne sais… Ce qui est sûr c’est que l’émotion, le sentiment, sont, là, mis au premier plan. Nous sommes au cœur de ce que cherche cette musique : toucher l’auditeur, aussi profondément que possible. Susciter et partager cette émotion, c’est la vocation des musiciens, et Sainte Colombe, de ce point de vue, est très attachant. Souvenons-nous qu’il
n’était point un musicien officiel. Loin de la Cour et des Académies, son univers musical est unique : des audaces harmoniques étonnantes, une liberté proche de l’improvisation (se passant parfois des mesures), un discours presque parlé des instruments, des textures sonores inouïes, et une virtuose exploration des possibilités de la viole…

Et nous aurions pu passer à côté de ce monde unique…

Pau Marcos Vicens
Oui… et jouer ou entendre une œuvre qui a été si longtemps muette, cela est vraiment merveilleux ! Les concerts de Monsieur de Sainte Colombe n’ont été publiés qu’en 1973 par Paul Hooreman à partir d’un manuscrit tiré de la bibliothèque personnelle de son ami et pianiste Alfred Cortot, manuscrit qui contenait les 67 concerts à deux violes égales. Dans l’introduction à cette édition, Paul Hooreman, dit à la fois l’importance de la découverte de ces pièces et la chance incroyable que fut cette mise à jour :

Ces concerts constituent, en effet, le témoignage le plus éloquent, sinon le seul, de l’état de la musique de viole soliste en France avant Marin Marais. Des prédécesseurs ou contemporains- Hotman, Dubuisson, Demachy…- il ne reste que des pièces courtes, en générale des danses stylisées à la manière de celles des luthistes, tandis que les Concerts sont des compositions organiques, d’une longueur insoupçonnée, et d’une diversité dans l’unité de style, -d’une difficulté d’exécution aussi, – qui sont proprement surprenantes. Quant on sait la précarité des manuscrits musicaux qui subsistent en une seule copie, on ne peut trop se louer du hasard qui nous a conservé celui-ci…” 

De Sainte Colombe lui-même, vous pouvez nous parler un peu ?

Pau Marcos Vicens

 Un peu, c’est le mot… car, au-delà de la fantaisie de Pascal Quignard dans son célèbre “Tous les matins du monde”, on a peu de renseignements à propos du véritable Monsieur de Sainte-Colombe. Les dates de sa vie (le “Tombeau de M.de Sainte-Colombe” de Marin Marais publié en 1701, mais écrit certainement des années plus tôt, nous informe de sa mort), et même son prénom (Jean ? Bourgeois de Paris), ne sont pas certains.

Victor Aragon
Nos savons peu de choses, c’est vrai, mais nombreux sont, par contre, les témoins de la grande reconnaissance qui lui est due par les violistes des générations postérieures et Jean Rousseau, qui fut son élève, lui dédie son “Traité de la viole” (1687). Ces témoignages, liés à la qualité de son oeuvre, donnent une idée de l’homme…

Programme

« Generalement on n’a nommé les concerts qu’à raison de ce qui est exprimé / par le chant de l’ouverture du concert quoy qu’il y ait quelques exceptions… »

(Table alphabétique du manuscrit) 


Le Retour [Concert XLIe]
Le retour – en gigue – en menuet – en gigue – en courante – balet tendre – en pianelle -menuet

Le Retrouvé [Concert Ier]
Le retrouvé (ouverture) – (pianelle) – (courante) – (récit) – gigue en caprice

Le resjoui [Concert XXXIXe]
Le resjoui – (gravement) – (courante) – (pianelle) – gavote

 Le raporté [Concert XLVIIIe]
Le raporté – La belle.Passacaille du raporté – Chacone raportée

– o – 

La bourrasque [Concert XXVIIe]
Bourrasque – Balet – Sarabande – Gavote – 2e Sarabande gaye

Le tombeau [Concert XLIVe]
Tombeau Les Regrets – Quarrillon – Apel de Charon – Les pleurs – Joye des Élizées   – Les Élizées

La Pierrotine [Concert XVe]

Les musiciens 

Pau Marcos Vicens, viole de gambe 

Pao MarcosPau Marcos Vicens, né à Hostalric (Espagne) en 1982, rencontre la viole de gambe, son répertoire, et surtout une, pour lui, nouvelle façon d’approcher la musique dite ancienne à l’âge de 19 ans dans la classe de Christian Sala au CNR de Perpignan.

En juin 2008 il sort du CNSMD de Lyon avec Diplôme Supérieur et félicitations, après avoir profité de quatre ans d’études avec Marianne Muller pour la viole et d’autres professeurs qui marquent sa formation musicale (Pierre Hamon, Eugène Férré…).

Il reçoit aussi les conseils de Wieland Kuijken en stage et cours individuels, et de Pedro Memelsdorff pour la musique médiévale.

Depuis ses études à Perpignan, grâce à la rencontre de l’atelier d’improvisation musique et danse de Véronique Barrier, de Soledad Zarka, et plus tard d’Anne Martin à Lyon, il s’intéresse aux musiques improvisées et aux croisements avec d’autres pratiques artistiques. Stages avec plusieursmembres de l’ARFI (Association pour la Recherche d’un Folklore Imaginaire).

Il est à l’initiative de projets comme “Elogi de la follia” (créations contemporaines au carrefour du jazz, musiques baroques et improvisées), d’un quatuor de violes avec Marianne Muller, Christian Sala et Myriam Rignol, et de l’Ensemble Mos Azimans (autour de musiques des troubadours), et collaborateur d’ensembles comme La Caravaggia, Les Saqueboutiers, Canto Coronato, Jardins de Courtoisie, Correspondances, Doulce Mémoire…

Il a enregistré avec Marianne Muller, l’ensemble Musica Nova, Correspondances et la Main Harmonique.

Actuellement il enseigne la viole de gambe au Conservatoire Isaac Albeniz (Girona, Espagne).

Victor Aragon, viole de gambe

 

aragonNé à Viña del Mar au Chili en 1971, il commence ses études musicales à l’âge de sept ans, d’abord en guitare et percussions latino-américaines puis en violoncelle au sein de l’Orchestre des jeunes au Venezuela. Parallèlement à son activité musicale et durant dix ans, il travaille dans le cinéma et le théâtre où il réalise des scénographies et des bandes son.

Il découvre la viole de gambe dans un film, et grâce aux informations trouvées dans un dictionnaire de musique et des quelques iconographies d’époque, il fabrique alors son instrument, archet et cordes, et étudie en autodidacte.
Trois ans plus tard, il poursuit ses études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon dans la classe de Marianne Muller où il obtient son prix en 2004 avec mention très bien à l’unanimité.
Il recoit également les precieux conseils de Wieland Kuijken, Jordi Savall, Roberto Gini, Anner Bylsma, Philippe Pierlot lors de stages et master classes.
Il réalise des projets avec l’ensemble Résonance qu’il à creé en 2002 avec la Flutiste Marine Sablonnière et a joué sous la direction Gabriel Garrido, Sebastien Daucé, Pierre Cao, Philippe Picket, Roberto Gini, Jordi Savall, Skip Sempé, Jean Pierre Canihac, Yvon Repérant, Dominique Vellard. Il a enregistré avec L’ensemble Elyma, L’hostel Dieu, Correspondances, Verbum Caro.
Il enseigne la viole de gambe au Conservatoire de Bourgoin-Jailleu et à l’Ecole Beaux-Arts Musiques de Montpellier.

 

Extrait des Pleurs (Sainte Colombe), par Pau Marcos Vicens et Victor Aragon