Dans le cadre des 4e Journées de claviers anciens et de musique d’ensemble
Les Journées 2011
 

Jorge Lopez-Escribano

caravage

Récital de clavecin

  Frische Klavier Früchte

Corbeille de fruits de saison du clavier

Buxtehude, Kerll, Muffat, Froberger

Temple d’Arles, le  vendredi  4 mars 2011 à 20h30

12 et 10 euros,  gratuit pour les moins de 12 ans. Réservations : 06 16 49 13 57 ou

philippe.souchu@aliceadsl.fr

 Le parcours de Jorge Lopez-EscribanoLe programme – Entretien

Le parcours de Jorge

 


lopez escribanoNé à Tolède, en Espagne, Jorge débuta ses études par le piano. Il passa ensuite au clavecin et à la basse continue (Conservatoire supérieur royal de Madrid), avec Martínez Molina. Il reçut une bourse qui lui permit d’approfondir ses études aux Pays-Bas, au Conservatoire royale de la Hague, auprès de Jacques Ogg et à Amsterdam avec Menno van Delft. Jorge a également suivi les master classes Frédérick Haas, Lars Ulrik Mortensen, Christian Rieger and Richard Egarr.

Jorge collabore régulièrement à des ensembles et des orchestres pour des concerts ou des enregistrements : La Capilla Real de Madrid (SP), Orquesta Barroca de Salamanca (SP), Bach Collegium España (SP), Sphera Antiqva (SP), Orfeo 2000 (FR), Rotterdams Barok Ensemble (NL), Música Temprana (NL), InVento Ensemble (NL), La Folía (SP), Stavanger Baroque Ensemble (NO) and Hippocampus (SP), qui se produisent en Europe et en Amérique latine.

Jorge est l’un des membres fondateur des ensembles de musique de chambre Opera Omnia et L’Attimo.

 


 

 

Entretien avec Jorge Lopez-Escribano

Sarabande
Jorge, tu viens à Arles, pour ton récital, avec une corbeille de fruits frais… Peux tu nous détailler un peu ce que contient cette corbeille ?

Jorge Lopez-Escribano
« Frische Klavier Früchten », j’ai emprunté le titre de ce programme au recueil de sonates pour le clavecin que Johann Kunhau publia en 1696. Ce titre, je trouve, caractérise bien la palette de musiciens qui composent ce récital ; il évoque la fraîcheur et les couleurs des pièces que j’ai choisi d’y jouer.

On trouve cette fraîcheur dans les œuvres écrites dans ce qu’on appelle le « Stylus Phantasticus », comme les toccatas de Froberger, de Krieger et de Buxtehude, dont la marque de fabrique est la liberté et le style improvisé.

Les fruits colorés, je les vois, eux, dans les influences flamande, italienne et française, qui marquent l’Allemagne de cette moitié du 17e siècle, et que l’on sent dans les suites de Froberger, l’aria de Buxtehude et la passacaille de Muffat. Ces éléments, selon moi, se fondent dans cet expressionisme baroque que connaît alors l’Allemagne.

Sarabande
Quel est le premier fruit que tu vas sortir de ta corbeille ?

Jorge Lopez-Escribano
Le premier fruit que je propose  sera J. K. KerllSon écriture rappelle la tradition italienne de Frescobaldi : les passages virtuoses s’y combinent avec des sections homophoniques lentes. Kerll s’est rendu à Rome où il a été l’élève de Frescobaldi, mais aussi de Valentini et de Carissimi. Dans la passacaille que je propose, il offre une grande liberté à l’interprète sur un Ostinato lent, bien caractéristiqu, ici encore, du Stylus Phantasticus


Sarabande
Ensuite ?

Jorge Lopez-Escribano
Ensuite, je sortirai de la corbeille J. J. Froberger ; il est le premier illustre représentant de la musique allemande pour le clavecin.

Songeons qu’il étudia, lui aussi, à Rome avec Frescobaldi et qu’il vécut, ensuite, pendant trois ans à Paris où il se lia, entre autres musiciens avec Louis Couperin. Il travailla avec Denis Gaultier luthiste et compositeur réputé de l’époque. Si bien que son oeuvre est une magistrale synthèse des styles italiens et français tendue sur l’ancienne manière allemande.

C’est lui qui introduisit la suite comme forme de composition en Allemagne, suite qui diffère d’ailleurs de la suite à la française, par la position de la gigue.

Dans le Lamento sur la perte douloureuse de sa Majesté Ferdinand IV, Froberger explore les possibilités de la musique à programme et j’espère que vous entendrez, dans les dernières mesures de la pièce, l’âme du roi s’échapper vers le ciel.


Sarabande
Ta corbeille est encore bien garnie…

Jorge Lopez-Escribano
Oui… et je vous ferai goûter ensuite J. Ph. Krieger. Il fut, lui, l’élève de Johann Drechsel, lui-même élève de Froberger et de Gabriel Schütz. Mattheson nous dit qu’après une année seulement d’étude, il impressionnait son auditoire et composait des airs qui rencontraient un vif  succès. Avant de se fixer comme organiste à Halle et comme maître de chapelle à Weissenfels, il fit, lui aussi, le voyage en Italie où il étudia avec Pasquini et avec Rosenmüller.


Le prochain fruit sera Buxtehude… Un fruit formidable ! On ne présente plus Dietrich Buxtehude, tant son œuvre est maintenant connue et jouée. Dans les variations que je propose on sent l’héritage de Swelinck et des compositeurs nordiques…Mais  Buxtehude donne aussi à ses toccatas une physionomie toute moderne que l’on doit à la virtuosité instrumentale et au caractère improvisé de ses compositions .

Ecriture contrapunctique parfaite, libres  et intelligents changements de tempo, exubérance mélodique, progressions harmoniques étranges et inattendues, absence de thème, décidément le Stylus Phantasticus est bien le contraire de l’ordre et de la régularité !

 

Sarabande
Il te reste un fruit dans ta corbeille, Jorge…

Jorge Lopez-Escribano
Oui, et c’est Georg Muffat… G. Muffat est un cas exceptionnel : né à Megève en Savoie, il était de descendance écossaise. Il étudia à Paris avec Lully en personne et en Italie avec Pasquini, dans la tradition de Frescobaldi. Il rencontra là-bas Corelli avec qui il travailla et dont il garde l’empreinte.

C’est lui qui introduisit en Allemagne du Sud et en Autriche les traditions française et italienne. Cette salade de fruits, on en a la saveur dans la passacaglia en sol mineur que j’ai mise au programme, où les huit mesures de la phrase d’ouverture apparaissent cinq fois, comme en une sorte de ritournelle.

Sarabande
Tu mentionnes souvent le Stylus Phantasticus, peux-tu préciser ce dont il s’agit ?

Jorge Lopez-Escribano
Je ne peux mieux faire, pour te répondre que de citer « Musurgia Universalis » (1650) de Athanasius Kircher :

« … Parfait pour les instruments. La méthode de composition et libre et sans aucune restriction ; elle n’est fondée sur rien, ni mots, ni thèmes mélodiques. Il a été créé pour faire sentir le génie du compositeur, pour enseigner les desseins cachés des phrases harmoniques et des fugues inventives qu’on trouve partout dans ce qu’on appelle fantaisies, ricercares, toccatas, sonates… Le clavecin et l’orgue appellent des compositions dans lesquelles l’interprète peut manifester son propre génie, mais aussi, en une façon de préambule, prépare et éveille l’esprit de l’auditeur au plaisir de l’harmonique symphonique… »

 


 

Le programme du récital

Johann Kaspar Kerll (1627-1693)

Passacaglia en ré mineur

Johann Jakob Froberger (1616-1667)

Suite en sol mineur FbWV 618

Allemande (faite en l’honneur de Mad. Sybille Duchesse de Wirtemberg*)

Gigue

Courante (nommée la Philotte*)

Sarabande

*Annotation in Bulyowsky, 1675

Johann Philipp Krieger (1649-1725)

Toccata en la mineur

Dietrich Buxtehude (1637- 1707)

Aria & 3 Variazioni en la mineur BuxWV 249

Johann Jakob Froberger (1616-1667)

Toccata en do majeur, FbWV 109  

Suite en sol majeur, FbWV 612
Lamento Sopra la dolorosa perdita della Real Majesté di Ferdinando IV, Ré de Romani +c.

Dietrich Buxtehude (1637- 1707)

Praeludium “Manualiter” en sol mineur BuxWV 163

Georg Muffat (1653-1704)

Passacaglia en sol mineur

(Apparatus musico-organisticus, 1690)