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« Encore que tous les instrumens de Musique puissent estre appellez à vent, puis qu’il n’est pas possible de faire des sons sans le mouvement de l’air, qui est une espèce de vent, néantmoins l’on a coustume de donner ce nom à ceux que l’on embouche, ou que l’on fait sonner avec des soufflets… »

Avec ce Cinquième livre de l’Harmonie Universelle, Marin Mersenne, nous dit donc tout sur les instruments à vent du 17e siècle  : facture, étendue, tablatures, usage… Et sur tous les instruments : flûtes, trompettes, haut-bois, bassons, musettes, cornemuses, cors, chalémies, cervelas,etc… Il nous montre tout également, car les planches, nombreuses, sont très précises.

Mersenne a même quelque peine à ne pas nous parler de ce qui ne sont pas des instruments :

« Je laisse plusieurs sons que produisent les vents à la rencontre des rochers, et des autres corps, parce qu’ils ne sont pas dans nostre disposition, et qu’ils ne peuvent servir à la Musique, encore qu’il puisse arriver qu’ils fassent toutes les parties d’un concert par le moyen de plusieurs trous, qui se rencontrent quelquefois dans les rochers, et dans les montagnes: de sorte que l’on peut se tromper en s’imaginant que la douce confusion des sons que l’on oyt près des bois, des forests, des rochers, des cavernes, et cetera vienne de quelque Musique esloignée. »

Il est vrai que c’est pour poursuivre la croisade qu’il mène, tout au long de son livre, contre la superstition :

« Ce qu’il faut remarquer afin de ne faire pas passer pour miracle, ou pour prodige ce qui n’est que naturel, et que nostre religion, dont l’essence est si saincte et si véritable, qu’elle est digne de Dieu, ne soit pas mesprisée, lors que l’on veut l’appuyer, ou la confirmer par des actions que les ignorans publient quelquefois pour extraordinaires et miraculeuses, quoy qu’elles n’ayent rien de surnaturel, comme je fais voir en plusieurs endroits de cet oeuvre, qui peut servir pour destruire la superstition, et pour affermir la vraye dévotion qui consiste particulièrement à aymer Dieu de toute nostre affection et nostre prochain, c’est à dire tous les autres hommes, autant que nous mesmes, et à pratiquer toutes les actions que prescrit la vraye Religion, soit du corps, ou de l’esprit, avec la sincérité et la pureté que Dieu désire de la créature raisonnable. » (Proposition 2)

Je ne résiste pas au plaisir de citer ici la caractérisation que donne Mersenne du son du cornet à bouquin : « Quant à la propriété du son qu’il rend, il est semblable à l’esclat d’un rayon de Soleil, qui paroist dans l’ombre ou dans les ténèbres, lors qu’on l’entend parmy les voix dans les Eglises Cathédrales, ou dans les Chapelle ».

Enfin, que tous les musiciens d’instruments à vent méditent cette physique de leurs instruments :  « il n’y a nul doute que l’on peut sonner des instrumens dans tous les endroits de l’air, où ils peuvent subsister sans estre consommez par l’ardeur de la flamme. Mais on ne sçait pas encore si la nature de l’air est différente de celle de l’eau, et s’il n’est autre chose qu’une eau raréfiée, ou s’il est composé de tous les petits corps qui exhalent, et qui s’eslèvent de tous les grands corps du monde, et particulièrement de l’eau et de la terre… » (Proposition 2).

Souffler c’est bien prendre part à l’universelle harmonie.

Philippe Souchu